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David Foenkinos

Edition: Gallimard (broché) / Folio (poche)

Prix: 19.50 euros (broché) / 7.70 euros (poche)

304 pages

Les souvenirs
Les souvenirs
Les souvenirs

Les souvenirs se présente comme un petit bijou de tendresse, de poésie et de simplicité porté par une écriture aussi délicate que nuancée. David Foenkinos à réussi le pari de décrire le passage du présent à la pensée du souvenir avec légèreté et humour. Il a su utiliser, comme avec ses précédents et romans suivants, la fibre émotionnelle sans abuser de grandiloquence ni tomber dans l'excès. Celui-ci ne fait pas exception, émouvant, romantique, il compose de façon aérienne une musique mélancolique, à la fois douce et brutale.

Il met en scène un jeune homme veilleur de nuit dans un hôtel, auteur en mal d'inspiration à ses heures perdues, qui commence par nous annoncer la mort de son grand-père et sa réaction face à cet évènement. Débute la mise à nu des sentiments à cet égard mais surtout une réflexion sur les instants ratés, frôlés par manque de temps, paresse, égoisme. Parce qu'on pense toujours qu'on aura toute une vie pour le faire, que le temps est étirable. Parce que l'homme ne pense pas à la mort, ne sait profiter des opportunités qui illustrent les souvenirs pour engendrer regrets et frustrations. Touchée par cette perte, sa grand-mère semble tomber peu à peu dans la folie. Ses trois fils décident sans préavis de l'installer en maison de retraite et vendre son appartement. Bientôt à la retraite, le père du jeune auteur prend alors conscience du cheminement similaire qui l'attend, que la vieillesse se subit, que le travail comble le vide de l'existence, que le regard des autres changent.

 

"Je voulais lui dire que je l'aimais mais je n'y suis pas parvenu. J'y pense encore à ces mots, et à la pudeur qui m'a retenu dans l'inachèvement sentimental. Une pudeur ridicule en de telles circonstances. Une pudeur impardonnable et irrémédiable. J'ai souvent été en retard sur les mots que j'aurais voulu dire. Je ne pourrai jamais faire marche arrière vers cette tendresse. Sauf peut-être avec l'écrit, maintenant. Je peux lui dire, là"

 

Le protagoniste, avec l'intention de rattraper le manque d'attention envers son grand-père, rend régulièrement visite à sa grand-mère qui lutte pour son indépendance. Une complicité nouvelle s'installe, la curiosité des souvenirs se dévoile pour parvenir à tourner le délicat journal des vies. En commentant son histoire il en dessine d'autres au fil des rencontres, alimentant les siennes, illustrant ses observations comme le manque d'affection de ses parents, l'amour, la solitude, les regrets... Le roman prend une nouvelle teinte lorsque sa grand-mère fait une fugue. Parti à sa recherche il va se confronter au hasard et à l'amour. Va-t-il enfin avoir matière à écrire? Peut-il se fabriquer des souvenirs?

 

"La plupart de ceux que j'ai croisés dans la maison de retraite voulaient mourir. Ils ne disent pas mourir d'ailleurs, ils disent partir. Et aussi en finir, pour souligner davantage le calvaire. Car la vie ne finit parfois jamais, c'est le sentiment qu'ils ont. On parle souvent de la peur de la mort, et c'est étrange comme j'ai vu autre chose. Je n'ai vu que l'attente de la mort. J'ai vu la peur qu'elle ne vienne pas."

 

David Foenkinos aborde les sentiments comme personne et brode avec émotion un texte beau, doux, sur des thèmes durs sans en contourner la vigueur. Son regard sur la déchéance du corps et de l'esprit mais aussi la confrontation de cet état qui attend l'individu dont l'avenir est incertain est juste et franche. L'urgence du présent est-elle une entrave à concevoir le passé et se créer un futur? Mise en parallèle avec l'avenir de ce jeune écrivain qui ignore encore tout du potentiel de l'existence est astucieux. Ne faut-il pas se pencher sur le passé pour mieux appréhender et comprendre sa propre vie? Rythmé par quelques scènes cocasses qui permettent une fausse frivolité, penchez-vous sur ce roman qui contient quelques jolies petites perles lumineuses. Tel un joaillier, l'auteur crée un bijou élégant sublimé par un style généreux. La séduction continue par un thé vert Betjeman & Barton dont l'odeur fleurie se marie si bien au gâteaux de notre enfance. Pour moi ce sera celui à l'ananas que ma maman faisait systématiquement à tous les anniversaires et évènements (le seul qu'elle sache faire!). Et vous?

 

 

 

 

 

Les souvenirs
Tag(s) : #Coups de coeur, #Littérature française

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