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Karla Suarez

Edition: Métailié (broché)

Prix: 20 euros

257 pages

Le fils du héros
Le fils du héros

Roman essentiel de vérité, criant de douleur, Le fils du héros est le témoignage d’une génération cubaine en quête de sens. Servi par une écriture narrative précise et riche ce roman est ma première expérience littéraire cubaine, et quelle expérience! De nature curieuse j’aime que mes lectures  transgressent des barrières jusqu’alors inédite et m’apporte surtout un savoir, un regard différent sur certains évènements, historiques par exemple. Et cet exemple est aujourd’hui assouvi avec ce livre précieux où l’auteur fait le récit d’un Cuba belliqueux embourbé dans une guerre qui n’est finalement pas la sienne, du moins pas celle du peuple.

Sous l’apparence du jeune Ernesto, douze ans lorsqu’il perd son père lors de la guerre en Angola, Karla Suarez nous narre l’histoire de son pays et de cette page de l’histoire à travers de petites anecdotes sous l’œil naïf de l’enfance.  Le récit s’ouvre sur ce drame qui détermine la vie d’Ernesto, ses choix comme son rapport à sa famille. Devenu « le fils du héros » toute sa vie durant il devra porter ce lourd fardeau et comprendre que les héros ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Traumatisé par cette guerre qui débute dans les années 60 pour se terminer à la fin des années 80, il nous raconte par touches ce pays socialiste qui la vue grandir et son rapport au monde qui l’on conduit à vivre de l’Allemagne au Portugal. C’est une fois adulte qu’il a l’idée d’écrire un blog dédié à ce pan de l’histoire comme pour mieux la comprendre et en exorciser ses démons. Seulement l’Histoire est complexe, les informations souvent erronées jusqu’au jour où il fait la rencontre d’un certain Berto Tejera Rodriguez, parti à la même période que son père…

Entre aller et retour dans le temps l’auteure a su attiser ma curiosité en créant une tension dramatique, effet étoffé grâce au personnage énigmatique de Berto mais surtout à travers des débuts de chapitres où l’on comprend que le personnage d’Ernesto est sur le départ pour l’Angola mais dont on ignore le but.  J’ai beaucoup aimé les épisodes de sa vie à Cuba qui illustre bien l’innocence avec laquelle il regarde sa patrie pour, petit à petit, observer avec un prisme nouveau cette révolution sociale avec notamment cette guerre qui n’en finit pas.

De son regard d’adulte on devine le cynisme, la rancœur qui le consume pour, peu à peu, le détruire lui et son entourage. La tension monte comme la guerre avec la venue du personnage de Berto pour enfin nous livrer son secret bouillant, suintant, poreux quitte à détruire toutes les certitudes sur son passage. C’est ça que j’ai aimé dans ce roman, les fuites nostalgiques d’apparence banales d’un enfant qui passe de l’adolescence à l’adulte sans édulcorant et le côté sombre et lucide d’un évènement qui fait l’être d’aujourd’hui.

Ignorant totalement cette partie de l’histoire cubaine, j’ai particulièrement apprécié m’y pencher sous la plume de Karla Suarez qui couche avec une précision émotionnelle les souvenirs tissés d’un gouvernement pour son peuple. Elle soulève ainsi la question de l’enrôlement mentale et la vision des habitants sur leur propre société. Comme un règlement de compte, j’ai été emballée par sa passion malgré quelques répétitions et longueurs, emballée par ce personnage voulant en découdre avec son Histoire et surtout par cette fin à laquelle on ne s’attend pas. 

Une ode à la liberté, un détachement du poids familial et sociétal, voilà ce que rend ce roman aux Cubains qui ne peuvent plus dire « nous ne savions pas ». Un exercice périlleux, courageux car il n’est pas aisé de ressusciter le passé et encore moins de l’écrire. Merci à lecteurs.com pour cet envoi, vous avez émerveillé ma rentrée en me sélectionnant en tant qu'Exploratrice de la rentrée littéraire!

Le fils du héros
Tag(s) : #Explorateurs de la rentrée littéraire 2017, #Littérature étrangère

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