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Emiliano Monge

Edition: Philippe Rey (boché)

Prix: 22 euros

343 pages

Les terres dévastées
Les terres dévastées
En ouvrant ce roman je ne m’attendais pas à avoir autant de difficultés à sa lecture. Je me suis même demandé si j’allais réellement pouvoir le terminer, c’est vous dire! Car Emiilano Monge aborde non seulement un sujet très dur, le trafic d’êtres humains, mais utilise un style et une langue assez laborieuse comme pour rendre compte de la complexité du monde dans lequel on vit. J’avoue que je m’y suis beaucoup perdue, relisant à plusieurs reprises de nombreux passages pour comprendre les situations dans lesquels s’embourbaient les personnages. Pas facile, donc.
Dans la jungle mexicaine un trafic s’organise autour de migrants clandestins. Trahis par leurs passeurs deux jeunes adolescents déjà corrompus par la vie, certains sont tués, d’autres embarqués dans des camions tels des marchandises. Sous la direction de deux chefs de bande, Epitafio et Estela, le convoi part dans deux directions différentes afin d’approvisionner des esclavagistes. Mais ces deux amants contrariés qui n’ont pas eu le temps de communiquer avant de prendre la route semblent sur le point de vouloir changer de vie. En maintenant un suspense quant à la confession qu’Estela n’a pas faite à Epitafio, on sillonne la route tantôt en leur compagnie, tantôt avec leur homme de main qui projette vengeance et trahison à leur encontre tout en suivant les jeunes passeurs adolescents qui continuent leur recrutement. Tout ceci rythmé sous la longue et triste plainte de la même et unique voix de ces migrants.
Dès le début, ce récit m’a donné du fil à tordre. Lâché dans un environnement inconnu sans repères spatio-temporel, on assiste à un guet-apens et ne comprend donc pas la situation ni qui sont les personnages. Perturbant, le passage des pensées d’Epitafio à Estela m’a prise au dépourvu et m’a laissée dans une confusion grandissante. Servi par une écriture acérée et lourde, le récit m’a facilement égarée… mais le fond c’est-à-dire le processus des trafiquants autour des migrants, m’a laissé un espoir de réconciliation avec la forme. Pas tout à fait!
Je tiens à souligner la finesse psychologique avec laquelle Emiliano Monge a su rendre ces personnages plus « humains ». Malgré leur cruauté et leur brutalité, il a su leur créer une histoire qui explique leurs caractères et surtout faire ressortir le côté animal pour ainsi reproduire le schéma de violence dont ils ont aussi été victime depuis leur enfance. Je suis ainsi passée de l’aversion envers eux deux, à la crainte qu’ils ne soient trahis. C’est en ce sens que l’auteur réussit son pari, habile en démonstration, malgré un style trop recherché et un roman inégal sur le plan stylistique.
Brutal, cruel, implacable et choquant, il n’y a pas assez d’adjectifs pour qualifier ce roman. J’ai été glacée d’effroi à sa lecture, prise de répulsion quant à l’injustice des situations et des migrants relégués au rang de bétails. Mais j’ai surtout été choquée par la barbarie assumée des personnages qui utilisent la déshumanisation comme arme de soumission. Je n’apprend rien de la perversion des hommes, mais je suis scandalisée par cette indifférence qui renforce le déséquilibre humain. Un roman noir donc, qui ne m’a pas laissée indifférente mais m’a surtout laissé un goût amer. J’ai l’impression d’être passé à côté de certaines choses en raison de ce style acerbe et oppressant qui ne m’a pas laissé une grande liberté de compréhension. Je remercie chaleureusement le site lecteurs.com pour m'avoir élargie mes horizons en tant qu'Exploratrice de la rentrée littéraire!
Les terres dévastées
Tag(s) : #Explorateurs de la rentrée littéraire 2017, #Littérature étrangère

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