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Une maison de poupée

Henrick Ibsen

Traduction : Eloi Recoing

Edition : Acte Sud  - Babel

Prix : 6.70 euros

Où ? : Babel

          Place des libraires

160 pages

Acheté chez Emmaüs 

Une maison de poupéeUne maison de poupée

"Une littérature qui ne lance pas de débat, c'est une littérature qui est sur le point de perdre toute importance", Henrick Ibsen. Voilà matière à débuter ce billet... car vous l'aurez compris, aujourd'hui se place sous le signe d'un engagement : le combat féministe. Je vous vois déjà lever les yeux au ciel, marre de l'actualité et ces débats qui n'en finissent plus autour de la chose. Peut-être, mais Rome ne s'est pas faite en un jour et pour mettre en lumière ce sujet et mieux le comprendre, je vous propose de vous pencher sur une pièce de théâtre de 1879 pour le coup totalement contemporaine et subversiveIntelligente et novatrice, elle dénonce non seulement la mascarade que peut être la vie conjugale, mais aussi le poids social des convenances. Mais alors de quoi ça parle ? 

 

MADAME LINDE. Mais, Nora, comment est-ce possible ? Avais-tu gagné à la loterie ?
NORA (avec mépris). A la loterie ? (Avec dédain.) Quel mérite y aurait-il eu ?
MADAME LINDE. Mais où les as-tu trouvées ?
NORA (chantonnant et souriant d'un air mystérieux). Tra la la la !
MADAME LINDE. Car emprunter, tu ne pouvais pas.
NORA. Ah bon ? Et pourquoi pas ?
MADAME LINDE. Non, une épouse ne peut contracter un emprunt sans l'accord de son mari.
(...)
NORA. Tu n'as pas besoin de comprendre, après tout. Il n'est pas dit que j'ai "emprunté" de l'argent. Je peux bien l'avoir eu d'une autre manière. (Elle se renverse dans le sofa.) Je peux bien l'avoir eu d'un admirateur. Quand on est tant soit peu attirante comme moi -
MADAME LINDE. Tues folle.

Le poids des apparences

Norvège, 1870. Nora Helmer, honorable épouse et mère de deux enfants est heureuse. Avocat, son mari Torvald Helmer vient d'être promu directeur de banque. Au revoir les soucis financiers, bonjour à cette nouvelle vie pleine de promesses. Quelques jours avant noël, elle reçoit la visite surprise de Madame Linde, son amie d'enfance désormais veuve, fraîchement débarquée en ville. La discussion entre les deux femmes révèle la personnalité assez frivole de Nora sous les yeux et les oreilles d'une Madame Linde au caractère moral. Mais rapidement, la conversation tourne autour d'un voyage en Italie, effectué il y a huit ans au début de leur mariage. Comment ont-ils pu se permettre un tel voyage de plusieurs mois ? Pourquoi Nora dit-elle avoir "sauvé" son mari par ce voyage ? Qui leur a prêté cette somme d'argent ? Nora avoue alors à madame Linde la source officieuse du prêt, sans toutefois lui faire promettre de tenir le secret auprès de son mari... 

Mise en scène de BraunschweigMise en scène de Braunschweig

Mise en scène de Braunschweig

Une épouse, une mère, une femme ?

Nora, femme volontaire, offre une joie de vivre permanente à son époux. Surnommée linotte, comme l'oiseau, ou petit écureuil, elle affiche une frivolité décomplexée comme cadeau domestique face à un mari gentil et bon, qui dirige tout de même la maisonnée. Parce qu'il ne faut pas déconner, l'homme de la maison est là pour ramener calme et discipline. Néanmoins, Torvald adore cette femme pleine de vie dont il entretient les enfantillages avec délectation. Oui, mais voilà, et si la légèreté de Nora cachait un secret ? En lui dissimulant l'origine du prêt contracté, Nora ne se ment-elle pas sur le bonheur familial ? 

Au cours de cette lecture, j'ai encore plus pris conscience des nombreuses interdictions et restrictions concernant les femmes. Imaginez que vous ne possédez pas la clé de la boîte aux lettres, seul réservé aux époux. Imaginez que vous ne pouvez disposer de l'argent du ménage, tâche géré par les hommes. Bref, je ne vous apprends rien... Mais ce qui peut être plus étonnant encore, c'est la restriction mentale que Nora se fait d'elle-même et sur son rôle, pariant sur sa jeunesse et sur sa beauté.

MADAME LINDE. Tu ne le lui diras jamais ?
NORA (pensive, souriant à demi). Si - un jour, peut-être - dans bien longtemps, quand je ne serai plus aussi jolie. Ne ris pas ! Je veux dire : quand Torvald ne m'appréciera plus autant ; quand il n'aura plus plaisir à m voir danser devant lui et me déguiser et jouer ses rôles. Là, il serait peut-être bon d'avoir quelque chose en réserve - (s'interrompant) ta, ta, ta !

Avec un drame comme intrigue, Ibsen met en scène une galerie de personnages tirés de la petite bourgeoisie pour les confondre à la réalité du monde domestique. Loin du cliché du bourgeois drôle et dépassé, le dramaturge tisse une tension graduelle jusqu'au dénouement final évocateur et sans ambiguïté. L'auteur déforme alors le prisme familial de l'époque pour en faire un mensonge et ainsi détruire l'image du foyer chaleureux pour en faire un objet de fragilité.

Pour thème, l'émancipation féminine, Ibsen marque un tournant dans le théâtre tout en reprenant ses codes. En suscitant la controverse, l'auteur ne s'imaginait pas donner un coup de pied dans la fourmilière et participer ainsi, à l'évolution des mentalités sclérosée par une certaine "moralité". Mais la principale question qui me vient à l'esprit à la lecture de cette pièce est : la passion apparente de Nora peut-il être le fantasme de la réciprocité des sentiments d'une femme envers son mari ? Pour la comprendre et y répondre, je vous laisse courir à votre médiathèque ou librairie (indépendante, toujours) la plus proche !

En rééditant et complétant cette pièce actuelle par une postface du traducteur Eloi Recoing, la collection Babel offre un cadeau inestimable au lecteur, mais aussi au théâtre qui souffre parfois d'un défaut d'image poussiéreuse. Qui a dit que le théâtre n'était que perruque et rigolade ? 

Je vous propose cette fois-ci un thé vert nommé Melondo, d'Origines Tea & Coffee et un bonbon miel (voir deux...). Bonne lecture !

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Lecture conseillée : Madame Bovary, Gustave Flaubert

 

 

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O
J'aimerais beaucoup la lire !
Merci !
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L
Je vous y encourage en tout cas ! Une pièce vraiment intéressante... surtout la fin, mais je ne vous direz rien... ! lol