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Un fils parfait

Mathieu Menegaux

Edition : Grasset (broché) / Points (poche)

Prix : 17.50 euros (broché) / 6.20 euros (poche)

Où ? : GrassetPlace des libraires

168 pages

Gagné à un concours blog et gracieusement offert par les Editions Points

Un fils parfaitUn fils parfait
Comment rester insensible au roman de Mathieu Menegaux ? Dès les premières pages, j'ai su qu'une chose horrible au nom indicible allait se passer. Et c'est à travers la longue lettre de Daphné à Elise, sa belle-mère, que débute ce récit déroutant. En mettant un soin particulier à décrire l'univers parfait de la famille Sémelin, l'auteur nous entraîne dans les méandres de la perversion humaine où la manipulation et les faux-semblants revêtent le visage des plus charmants des hommes. Car Daphné est une femme chanceuse d'avoir épousé un homme beau, intelligent doublé d'un père attentionné. De ce cadre de vie confortable, la parole apeurée rompt la perfection. Qui est vraiment cet homme ? Le vertige saisissant, laisse place à une machine judiciaire impitoyable et insensée tirés de faits réels. Glaçant !

Il y a souvent deux versions à une histoire. Je vous livre la mienne, Elise. Lisez-là, et je vous laisse juge de ce qui est victime, qui est agresseur, qui est une bête et qui mérite une exécution sommaire. (...) Je n'ai que mon histoire, à laquelle personne n'a cru, qui a été tant raillée, travestie et déformée. (...) Je doute que vous aurez la force de la lire jusqu'au bout, mais je crois que je m'en fous. Je l'écris autant pour moi que pour vous. Faites-en ce que vous voudrez, Elise. Partagez-l avec Henri, ou pas. C'est votre choix. C'est votre conscience. C'est votre problème. Mais une chose est certaine : vous ne pourrez plus jamais affirmer : "Je ne savais pas."

Derrière le vernis

Daphné est une femme comblée. En épousant Maxime, un homme charmant, elle n'imaginait pas une vie aussi remplie. Parents de deux adorables petites filles, Claire et Lucie, avec chacun un travail prenant, mais épanouissant, la famille Sémelin fait partie d'un milieu social aisé et somme toute sans problèmes particuliers. Mais derrière le vernis de la perfection se cache un mal jusqu'ici endormi. En découvrant la face sombre de son époux, Daphné hésite. Comment peut-elle croire un seul instant que cet homme si doux et attentionné puisse être le monstre qui peuple les nuits de ses filles ? Impossible ! Dès lors la machine judiciaire s'enraille pour broyer toutes formes d'espoir.

L'indignation c'était lui. Ajoutez un soupçon d'innocence, une pincée d'incompréhension et le front plissé pour exprimer la préoccupation de préserver cette famille menacée d'explosion par la grenade dégoupillée que venait de balancer Claire, et vous pouvez vous figurer votre fils. Magistral.

Derrière le masque

Gagné lors d'un concours, merci aux éditions Points pour l'envoi de ce roman au rythme effréné ! Roman court, mais d'une intensité incroyable, Mathieu Menegaux traite ce fait réel avec la brutalité des faits et la sensibilité de l'écriture. Sous un sentiment d'empathie absolu et sans voyeurisme, il utilise la parole de Daphné comme le témoignage d'un manipulateur hors pair se jouant d'une justice tortueuse. 

En soulevant le rideau derrière lequel se cache cette famille presque parfaite d'un milieu social aisé, il casse les codes selon lesquels l'inceste ne se produit généralement que dans les foyers les plus modestes. Utilisant la voix de Daphné, le "je" devient fort, intime, dégageant toute la puissance de la situation à laquelle cette mère de famille est confrontée. Désarmée, chaque page tournée a été pour moi une torture ajoutée à la précédente. Maintenant que la vérité apparaît aux yeux de la protagoniste, place à la justice. Cette justice en laquelle nous croyons, justice qui punit forcément des hommes comme Maxime. L'illusion d'une société juste, protégeant les plus fragiles des monstres perd de son éclat, perd tout simplement du regard sa mission.

Ce fut la première de mes déceptions. Comme le crime d'inceste n'existe pas, votre fils serait épargné de l'opprobre moral recouvert par cette qualification. Un violeur, un agresseur, c'est un salaud, une ordure, un pauvre type, un malade ; alors q'un coupable d'inceste, c'est un monstre, un individu dont toute la société veut se débarrasser et se protéger. Mais non. Contrairement à beaucoup de nos pays voisins, il n'y a pas d'inceste en France, notre société refuse d'admettre que cela existe et combien c'est plus grave encore que le viol.

Loin d'un énième témoignage, la cadence avec laquelle les événements s’enchaînent m'ont plongé avec lucidité dans un univers impitoyable. Non seulement, l'auteur nous décrit les choix professionnels de Daphné en cohésion avec le poids social de la société, mais la culpabilité qui va de paire. Et si elle avait prêté autant d'attention à sa carrière qu'à ses filles, en seraient-elles là ? Pourquoi n'a-t-elle pas réagi en "bonne mère" de famille ? En effet, les choix de Daphné facent à de telles révélations sont parfois farfelu, mais comment réagirions-nous ? Quelles seraient les alternatives à la lenteur des forces de l'ordre ? 

D'une efficacité redoutable, je suis restée pétrifiée face à ce récit d'une violence psychologique insoupçonnée. Ce n'est pas ici le sujet abordé dont il faut se féliciter, mais la façon dont il est raconté, construit pour en extraire toute la brutalité. Décrit par une plume expéditive, le sentiment de malaise persiste à la fermeture de ce roman dont il est précisé, à la fin, être tiré d'un fait réel. Troublant.

Il fallait bien un cake pommes / choco et un thé glacé au melon Origine tea & coffee pour refroidir le feu de l'injustice qui brûlait en moi !

Lecture conseillée : Chanson douce, Leila Slimani

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